Adelaido Ortuño : Le pari d’un grain d’espoir

Adelaido Ortuño : Le pari d’un grain d’espoir

À 36 ans, Adelaido Ortuño, originaire de Cuatenpam, un petit village niché dans les montagnes de l’État de Puebla au Mexique, incarne le dilemme de milliers de producteurs de café. Héritier d’un savoir-faire transmis depuis des générations, il a failli tout abandonner. La volatilité des prix du café, l’incertitude économique et l’absence de reconnaissance pour son travail l’ont presque poussé à franchir la frontière vers les États-Unis, dans l’espoir de trouver un emploi « de lo que sea » (quoi que ce soit), comme il aime le dire.

Une région au cœur du café mexicain

Puebla, avec ses paysages fertiles et sa biodiversité exceptionnelle, abrite plus de 45 000 producteurs de café, qui cultivent l’un des cinq produits agricoles les plus importants de l’État. Cependant, la réalité pour ces cultivateurs est rude : malgré leur rôle indispensable dans la filière, ils restent les maillons les plus fragiles. Les prix mondiaux du café, souvent dictés par des acteurs éloignés des plantations, plongent régulièrement ces familles dans la précarité.

Une tonne de Geisha comme réponse

Face à ces défis, Adelaido a choisi de ne pas baisser les bras. Il s’est lancé dans un projet ambitieux : cultiver une tonne de café Geisha, une variété prisée pour sa qualité exceptionnelle. Ce choix est bien plus qu’une simple stratégie économique : c’est un pari sur un modèle durable. En travaillant directement avec des torréfacteurs et des coopératives locales, il espère contourner les longues chaînes d’intermédiaires qui accaparent la valeur du café.

Le café Geisha, avec ses notes florales et fruitées, nécessite un soin méticuleux. « Nous passons des mois à préparer chaque récolte, de l’élagage des plants à la cueillette manuelle des grains les plus mûrs. C’est un travail de cœur, mais aussi un travail d’équipe avec la nature », explique Adelaido.

Le défi des migrations

Comme beaucoup de ses pairs, Adelaido a vu plusieurs membres de sa communauté quitter Cuatenpam pour tenter leur chance au nord. Selon un rapport de la Comisión Mexicana de Ayuda a Refugiados (COMAR), l’État de Puebla figure parmi les régions où l’exode rural est le plus marqué. Pourtant, les producteurs de café comme lui jouent un rôle essentiel : ils préservent non seulement les paysages mais aussi des écosystèmes entiers grâce à des pratiques agricoles durables.

Un modèle qui inspire

Les initiatives de soutien à l’exportation de cafés de spécialité, mises en place par le gouvernement de Puebla, pointent le besoin de trouver de nouvelles manières de commercialiser le café. Ces programmes visent à connecter directement les producteurs aux marchés internationaux, notamment en Europe, pour leur garantir une rémunération plus juste. Mais cela reste bien insuffisant.

En prenant le risque de miser sur la qualité et la durabilité, Adelaido  veut prouver que le café peut être bien plus qu’un produit : il peut être un pont entre les consommateurs du monde entier et les producteurs qui y consacrent leur vie.

L’avenir dans chaque tasse

L’histoire d’Adelaido Ortuño, c’est celle d’un homme déterminé à transformer les défis en opportunités. C’est aussi un appel à reconsidérer la valeur du café : au-delà de son goût et de son arôme, chaque tasse porte l’empreinte de ceux qui en sont le point de départ indispensable. En soutenant des initiatives comme celle d’Adelaido, nous avons le pouvoir, nous aussi, de faire partie de cette transformation.


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